Le partage égal du patrimoine familial
Depuis le 1er juillet 1989, dès qu’un couple se marie ou s’unit civilement, un patrimoine familial est formé, sans égard à qui est propriétaire de ces biens. Le patrimoine familial est constitué des résidences familiales, des véhicules de la famille et des meubles de la résidence. Il comprend aussi les droits accumulés durant le mariage dans un régime de retraite et/ou dans un régime de rentes.
En principe, tous les biens de ce patrimoine familial sont partagés à parts égales entre les conjoints lors de la dissolution du mariage ou de l’union. Dans la majorité des cas, les tribunaux favorisent cet équilibre pour éviter qu’un conjoint soit financièrement pénalisé et confronté à des conditions de vie vulnérables. Le patrimoine familial permet donc de garantir l’égalité économique entre les époux. Cette mesure répond au principe selon lequel chaque époux (ou conjoint uni civilement) contribue aux charges du mariage en proportion de ses facultés.
Pour mieux illustrer le patrimoine familial, voici l’exemple de Emma et Laurent. Ils sont mariés, ils ont deux jeunes enfants et possèdent une maison achetée après leur mariage. Cette maison est entièrement payée par Laurent, qui travaille à temps plein pendant qu’Emma reste à la maison pour s’occuper de la famille. Si Emma et Laurent divorcent, ils auront chacun droit au partage égal de la valeur de la maison, et des autres biens formant le patrimoine familial.
Renonciation au partage égal du patrimoine familial
Il est aussi important de savoir qu’après la dissolution du mariage ou de l’union, un époux ou conjoint uni civilement peut renoncer, partiellement ou entièrement, à ses droits du patrimoine familial. Ceci signifie qu’un époux peut accepter de recevoir moins que la part à laquelle il a droit. Cette renonciation doit être faite par un acte notarié ou par un jugement du tribunal.
Partage inégal parfois admis
De plus, dans certains cas, le tribunal peut déroger au principe de partage égal. En effet, le tribunal peut décider qu’il y ait un partage inégal ou qu’il n’y ait aucun partage du tout si le partage égal du patrimoine familial causerait une injustice flagrante. Cette injustice peut notamment découler de la mauvaise foi d’un époux, de la brève durée du mariage, de la dilapidation des biens, d’un manquement sérieux ou d’une erreur économique du même ordre. Par exemple, si Emma retire des sommes importantes du compte familial, et qu’elle dépense cet argent dans les casinos et les magasins de luxe, le tribunal pourrait considérer qu’elle a fait preuve de mauvaise foi et qu’elle a dilapidé les biens. Un partage inégal pourrait donc être autorisé.
Cependant, le partage inégal reste une mesure exceptionnelle. La différence d’âge entre les époux, l’inégalité des contributions et la mauvaise administration des biens ne sont pas des raisons qui, à elles seules, justifient un partage inégal. Il est d’ailleurs important de distinguer la mauvaise administration de la mauvaise foi: certains époux ne sont pas aptes à gérer le budget et les biens de la famille, sans faire preuve de malhonnêteté et de mauvaises intentions.
Bref, puisque les époux ont préalablement consenti au mariage et au partage égal du patrimoine familial, il est normal que le partage inégal soit un recours d’exception. Pour que le tribunal ordonne ce recours, la preuve doit faire ressortir une véritable injustice